Être son pire ennemi

Lorsque j’ai entendu notre ministre Fitzgibbon en remettre avec le fait que le site de la future usine de Northvolt n’était quand même pas le jardin d’Eden, je n’ai pu faire autrement que de déceler un manque d’empathie, pour ne pas dire du mépris pour ceux et celles qui réclament un peu plus de transparence dans ce projet. Est-ce véritablement le cas ou est-ce simplement le bruit des bulldozers en marche qui empêche notre ministre d’écouter ce que les gens ont à lui dire ?

Honnêtement, je n’ai jamais entendu un représentant d’un organisme environnemental digne de ce nom, dire que de développer la filière des batteries de véhicules électriques n’était pas souhaitable au Québec. Non, ce que j’entends, c’est que le choix du terrain choisi pour cette usine, de même que la manière dont ce choix a été fait, sont des plus questionnables. Développer à tous crins la filière électrique au détriment de la biodiversité sans vouloir une évaluation indépendante du projet, il y a quelque chose qui est incompatible, contradictoire là-dedans. On ne peut pas nous vendre un projet comme étant bon pour l’environnement quand on saccage une centaine d’hectares de milieux humides, et ce, en toute impunité.

Il y a aussi cette stratégie du gouvernement d’accuser ceux et celles qui posent des questions ou soulèvent des enjeux de transparence : ils devraient changer d’attitude selon lui. Dans le cas d’enjeux aussi sensibles que la préservation de la biodiversité, l’arrogance n’est pas la meilleure des approches à adopter. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on n’a pas de stratégie énergétique pour véritablement appuyer nos prétentions et qu’on prévoit investir des milliards de fonds publics dans une jeune entreprise. Comme on dit, on devrait se garder une petite gêne, faire preuve d’un peu plus d’humilité.

Si le projet Northvolt était véritablement un si beau projet, le gouvernement devrait tout faire pour aller chercher l’adhésion de l’ensemble de la population et non pas lui enfoncer dans la gorge comme il le fait actuellement. À chaque fois qu’une pierre est soulevée, on trouve quelque chose de nouveau, de choquant. On a vraiment l’impression – je dis bien l’impression – que le gouvernement veut nous cacher quelque chose. Je ne sais pas qui s’occupe des messages que les porte-parole du gouvernement doivent transmettre, mais je les démissionnerais. Le gouvernement ne s’aide pas, il s’enfonce dans ses explications infantilisantes et ne fait que s’embourber davantage.

Aussi, je trouve ça anormal que les impératifs entourant la construction de cette usine soient dictés par le promoteur lui-même, en fonction d’ententes qu’il aurait déjà prises avec des clients. Prendre une décision prématurée, sous pression et sans avoir fait toutes les vérifications nécessaires, est certainement la pire des choses à faire.

Je me souviens d’une époque où ce gouvernement savait faire acte de contrition. C’était tout à son honneur et il en sortait grandi. Peut-être devrait-il agir de la sorte dans le dossier Northvolt et demander une enquête indépendante du BAPE. Le mandat qui serait donné au BAPE pourrait justement en être un d’enquête ciblé, avec consultation publique, pas nécessairement un processus d’audiences publiques comme nous les connaissons actuellement avec ce que cela comporte comme analyses et études. Cela pourrait concilier nécessité d’agir avec célérité et enquête indépendante.

Le gouvernement actuel pourra toujours accuser de tous les maux ceux et celles qui remettent en question ses décisions. Ce sont toutefois ces mêmes personnes et ces mêmes organismes qui font en sorte de maintenir une vie démocratique active au Québec et contribuent à nous faire profiter d’un environnement plus sain.



Éditorial paru dans l’infolettre de février 2024

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