Je me souviens d’une phrase écrite en 2009 par une personne que l’on pourrait qualifier de sage ou de visionnaire, à propos de la récupération des matières recyclables au Québec : « Il faudrait augmenter la qualité des matières récupérées tout en développant parallèlement notre industrie du recyclage, ici, au Québec ». Cette citation, tirée d’un document annonciateur des changements que connaîtra la récupération dans la province pourrait malheureusement encore trouver écho aujourd’hui.
Ce sage en question, est aussi l’auteur du présent texte qui veut attirer votre attention et que vous en poursuiviez la lecture. Si vous lisez ceci, c’est que ça a fonctionné…
Trêve de badinage. La chose est que, depuis quelque temps, je reçois des témoignages de gens de l’industrie qui se plaignent de la qualité de certaines matières récupérées par la collecte sélective, particulièrement les plastiques. L’acceptation récente de tous les types de plastiques (à part le no7) qui composent nos contenants ou nos emballages y est certainement pour quelque chose.
En voulant être tout ce qu’il y a de plus inclusif en ce qui concerne les plastiques récupérés, on a comme créé un problème en aval. Récupérer davantage ne veut pas dire recycler davantage. Surtout si les marchés pour les nouveaux plastiques récupérés n’existent pas encore et si cet afflux de nouvelles matières augmente la contamination croisée des matières mises en ballots.
Aussi, avec le prix de la résine vierge qui est souvent moins chère que celle produite à partir de plastiques récupérés et les diverses associations qui se plaignent de la hausse astronomique des contributions que l’on demande à leurs membres, nous sommes à deux doigts d’une tempête parfaite qui pourrait entraîner des changements majeurs à ce régime de récupération.
Des fois, je me dis que nous avons justement besoin d’une tempête parfaite dans le monde de la récupération des emballages plastiques. Non pas pour changer les règles ou assouplir la réglementation en place, mais bien pour changer nos façons de faire en amont. D’autres utiliseraient l’expression un « coup de barre ».
Parce qu’en fait, un programme de responsabilité élargie des producteurs, une REP, c’est justement pour régler en amont un problème qui a été identifié. Dans ce cas-ci, la trop grande production d’emballages et le fait que ces derniers soient très difficilement recyclables dans les conditions actuelles.
J’aime quelquefois à reprendre le texte suivant qui vient de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui décrit, selon moi, ce que devrait être une bonne application d’une REP :
« La REP permet aux pouvoirs publics de transférer les coûts de gestion des déchets municipaux des collectivités locales aux acteurs (c’est-à-dire aux producteurs) qui sont les plus à même d’influer sur les caractéristiques des produits susceptibles de poser des problèmes en aval de la consommation : volume, toxicité et recyclabilité des déchets. Par le transfert de ces coûts, les pouvoirs publics espèrent inciter fortement les producteurs à prévenir la production de déchets, à réduire l’utilisation d’intrants potentiellement toxiques, à concevoir des produits facilement recyclables et à internaliser les coûts de gestion des déchets dans le prix des produits. »
En d’autres termes, si ça coûte cher de recycler ou s’il n’y a pas de marchés pour les produits vendus (les emballages dans le cas qui nous intéresse), et bien, des mesures doivent être prises en amont, dans la conception et dans la production des biens notamment.
C’est ça l’idée.
Et je ne parle pas de la toxicité des produits ou de la très souhaitable internationalisation des coûts sociaux, environnementaux ou même économiques d’un emballage que l’on fabrique, consomme, et, ultimement, que l’on jette ou que l’on brûle.
Avoir des programmes de REP qui ne sont pas contraignants (ou si peu) pour l’industrie, ça ne sert à rien. Au contraire, ça donne l’impression que l’on s’occupe d’un problème sans rien faire pour le corriger. Et souvent, c’est le consommateur qui paie pour ça, sans trop savoir ce qu’est un écofrais et surtout, sans savoir à quoi il servira réellement.
J’appelle ça des programmes de déresponsabilisation des producteurs. Et le gouvernement de s’en laver les mains, en laissant l’industrie s’autocontrôler.
Je ne veux pas généraliser. Il y a des programmes qui fonctionnent bien, mais force est d’admettre que d’autres ne remplissent absolument pas leurs promesses ou ce pour quoi ils ont été implantés.
La mise en place d’un nouveau programme de REP requiert parfois certains ajustements dans ces débuts, et c’est normal, mais pas au point de l’édulcorer jusqu’à ce qu’il perde toute sa raison d’être.
Il ne suffit pas de maintenir le cap avec les REP, il faut surtout suivre le bon cap.
En prime : Il faut déplastifier
Maintenant, si vous le voulez bien, restons dans le monde du plastique, mais de l’autre côté de la frontière, à Ottawa.
La décision prise par la Cour d’appel fédérale, il y a quelques semaines, de maintenir à l’annexe 1 de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (LCPE) les « articles manufacturés en plastique » comme étant des substances toxiques, en est une très importante, mais qui est un peu passée sous le radar.
Le fait de pouvoir considérer légalement le plastique comme étant une substance toxique permettrait, théoriquement, au gouvernement fédéral d’encadrer, de limiter ou même d’interdire, certains biens fabriqués en plastique.
Et cette fois-ci, pas seulement des objets qui peuvent porter préjudice à la faune marine et aux paysages canadiens. Car effectivement, le règlement (qui est maintenant désinvalidé) interdisant la mise en marché de certains items à usage unique en plastique n’avait pas pour objectif principal de réduire la production de plastique, mais bien le bien-être de certaines espèces aquatiques principalement et la conservation de nos beaux grands espaces naturels. Qui voudrait effectivement marcher sur une fourchette en plastique dans nos Rocheuses, hein ? Beurk !
Maintenant, le gouvernement fédéral peut interdire la production de tout bien en plastique qu’il juge dangereux pour la santé humaine, ou tout simplement inutile comme les petits jouets en plastique donnés dans les lieux de restauration rapide et même légiférer contre le suremballage de plastique.
Mais, pour faire ça, il faut un plan, une stratégie, il faut faire ça de façon cohérente et intelligente. Il faudrait un plan d’action qui cible des familles de produits et non des produits spécifiques qui seront rapidement remplacés par d’autres, tout aussi problématiques. Il ne faudrait pas permettre que les anneaux en plastique souple à usage unique pour les canettes soient remplacés par des porte-canettes rigides, mais aussi à usage unique comme cela a parfois été le cas. Remplacer les pailles en plastique par d’autres en carton bourré de PFAS est loin d’être une solution viable selon moi…
Ce qu’il faudrait au fond, c’est tendre vers le bannissement des produits à usage unique non essentiels, tout simplement.
Le gouvernement fédéral a maintenant en main un bon véhicule pour protéger l’environnement en s’attaquant aux plastiques, mais je doute toutefois qu’il ait toujours un bon pilote pour aller de l’avant avec ce dossier.
Éditorial paru dans l’infolettre de février 2026
