Recycler ne sauvera pas la planète*

Vous êtes dans une chaloupe qui prend l’eau, vous voyez d’où provient la fuite, mais vous continuez à écoper sans réellement chercher à boucher le trou. De toute façon, vous n’avez pas les outils nécessaires et vous êtes seul. La chaloupe s’enfonce un peu plus, vous écopez encore plus rapidement. Vous savez que vous allez éventuellement couler. Vous gardez tout de même espoir.

Bon voilà, c’était le résumé de la mise à jour 2025 du Rapport sur l’indice de circularité du Québec.

Je suis cynique direz-vous ? Non, je suis réaliste. Notre indice de circularité au Québec en 2021 était de 3,5 %, moins de la moitié de la moyenne mondiale qui était à de 8,6% en 2020. Deux ans plus tard, au lieu d’augmenter, notre circularité a dégringolé à 2,5 %, même à 1,9 % si on applique une méthodologie plus adaptée selon les auteurs de ce rapport.

À quoi sert l’indice de circularité me direz-vous encore ? Et bien, grosso modo, c’est un indicateur qui nous dit si nous avons une consommation de ressources qui tend à respecter la capacité de support de nos écosystèmes. Pour comptabiliser ça, nous avons établi six limites planétaires (Changement climatique, utilisation des sols, utilisation de l’eau douce, formation des particules fines, etc.). Vous conviendrez que, s’il n’y plus d’eau potable de disponible sur la planète, c’est mal parti pour nous. Donc ces fameuses limites sont en quelque sorte des limites à ne pas dépasser. Pas trop en tout cas, et surtout pas toutes en même temps.

Donc, en résumé, pour mieux contenir ces limites, il faut exercer moins de pression sur nos écosystèmes.

La façon de faire qui a été développée pour contenir cesdites limites, c’est la circularité. C’est-à-dire des actions visant la réintroduction de matières ou d’énergie dans nos cycles de production et de consommation de ressources. Plus on réintroduit de ressources déjà utilisées dans un procédé de production, plus on augmente notre circularité. Il s’agit globalement d’un rapport, d’un ratio, entre des matières réintroduites dans un cycle de production et notre consommation. L’idée étant de consommer moins de ressources vierges pour réduire les ponctions sur nos écosystèmes.

Ainsi, on a établi que plus on réutilise de matières, plus on en recycle ou plus on en valorise, plus le numérateur (rappelez-vous de vos maths de secondaire) de cette équation augmente. Par conséquent, plus ce ratio augmente aussi. C’est ce qu’on appelle, dans le cas qui nous intéresse, l’indice de circularité.

Alors pourquoi faisons-nous si piètre figure ? Parce que nos programmes de récupération et de recyclage stagnent, mais aussi et surtout, parce que notre consommation a littéralement explosé.

Pour poursuivre l’allégorie de la chaloupe, nous écopons à un rythme constant alors que la voie d’eau s’agrandit.

C’est pas très bon pour nos limites planétaires ça…

Souvenez-vous : pour augmenter notre indice de circularité, nous pouvons et nous devons maintenir et augmenter nos actions visant le détournement des ressources de l’élimination ainsi que réduire le gaspillage. Avec ça, on s’occupe de faire grossir le numérateur de notre équation. Mais, on n’agit pas suffisamment là où le bât blesse : notre consommation, ce qui se retrouve au dénominateur de notre équation (rappelez-vous de vos maths encore une fois). Plus on diminue ce dénominateur, plus on fait augmenter notre ratio, et par le fait même, notre indice de circularité.

Il y a deux choses à faire donc pour augmenter notre indice de circularité : mettre en application des mesures visant la récupération, le réemploi et le recyclage et, la deuxième, il faut diminuer notre consommation de ressources, ou à tout le moins, ne pas l’augmenter. Il faut réduire à la source notre consommation; pas nécessairement décroître, mais consommer autrement.

Aussi, rappelez-vous de ce qu’avait dit la professeure de sociologie de l’Université Queen’s, Myra Hird, lors des audiences du BAPE sur la gestion des déchets ultimes : certains procédés de recyclage (…) ne permettent pas forcément de réduire l’extraction de matières premières en raison de l’augmentation de la demande.

Et c’est exactement ce qui est arrivé, malgré nos mesures et nos efforts en aval, notre consommation de ressources au Québec augmenté de façon débridée. Elle est passée, en deux années seulement, de 271 millions de tonnes à 391 millions de tonnes en 2023. Nous consommons donc au Québec, quatre fois plus de ressources que la moyenne mondiale. Chaque Québécois consomme en moyenne 46 tonnes de ressources annuellement, une augmentation de plus de 50 % en deux ans. Le rapport mentionne que, pour avoir une empreinte écoresponsable, il faudrait se limiter à une consommation des ressources équivalente à 8 tonnes par personne.

On parle beaucoup des GES, qu’il faut les réduire, atteindre et maintenir les cibles que l’on s’est fixées. Mais on oublie trop souvent que la grande majorité des GES, près de 70 % en fait, découle directement de la consommation de nos ressources à l’échelle mondiale.

Ne pas s’attaquer à la source du problème, c’est-à-dire à notre surconsommation de ressources, ne nous permettra pas de maintenir notre chaloupe à flot.

* Et, en passant, la planète n’a pas à être sauvée. C’est plutôt nous qui devrions nous inquiéter pour notre existence…


Éditorial paru dans l’infolettre de novembre 2025

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