Au-delà du vote

Nous sommes à l’heure des choix. Des hommes et des femmes nous demandent de leur faire confiance pour les années à venir en leur donnant les clés de notre maison et d’agir en notre nom pour en prendre soin. Sauf que, la maison brûle et rien ne nous est proposé pour éteindre le feu ou, du moins, pour en atténuer sa progression. J’aimerais que l’on me propose des choix oui, mais pas pour les quatre prochaines années uniquement. Des choix qui me rassureraient sur la façon dont nos enfants vivront quand je serai parti. J’aimerais enfin qu’on me dise que nous n’avons plus le choix de ne pas agir.

L’environnement ne doit pas être un sujet dont on s’occupe seulement au gré des sondages, de l’air du temps ou quand l’économie va relativement bien. Quand on ne prend pas l’environnement en considération dans nos politiques ou dans les moyens mis en œuvre pour favoriser notre croissance, la capacité de support de nos écosystèmes s’amenuise, et elle, elle n’est pas éternelle. Et la croissance ne pourra pas l’être non plus, elle. En fait, notre croissance en tant que société est intimement liée à notre environnement, à notre écosystème dans lequel nous vivons et puisons nos ressources. Ne pas le reconnaître serait une erreur.

Actuellement, tout ce que l’on nous propose, c’est d’hypothéquer à outrance notre avenir. Nous fonctionnons toujours à crédit et notre déficit se creuse. À ce compte, ce n’est plus du développement, mais bien du pillage désorganisé de nos ressources et une menace à notre propre pérennité dont il est question.

Beaucoup d’enjeux abordés lors de cette présente élection sont tributaires en grande partie de l’abus de consommation de nos ressources et de la destruction de notre biodiversité. Les enjeux liés à la santé, au coût de la vie, à notre pouvoir d’achat à l’épicerie sont intimement liés à la dégradation de notre environnement et de nos écosystèmes. Les coûts de nos assurances qui explosent, la hausse du prix de certains aliments, l’augmentation des soins de santé reliés à l’augmentation des températures, les inondations à répétition en milieu urbanisé, etc. Je ne parle pas ici non plus du sentiment d’écoanxiété qui gagne les plus jeunes générations.

Or, les règles de bonne gouvernance ne semblent plus exister. Nous sommes tous témoins et parfois même victimes, de notre développement débridé. La réponse que nous apportons à cet état de fait et encore plus de développement, de consommation et d’extraction de ressources de nos sols. L’autonomie qu’on nous sert à toutes les sauces n’est rien de plus qu’un prétexte pour avoir les coudées franches afin d’accélérer l’inévitable, sous des couverts d’affranchissement face à la menace extérieure. À ce rythme, la menace se transforme et ne vient plus d’ailleurs, elle est maintenant bien ici, chez nous. Elle émane de nous.

Aussi, notre système est malade ou bien je le saisis mal. Pourquoi, par exemple, malgré les hausses vertigineuses des prix du pétrole, les coûts de la résine vierge pour faire du plastique sont-ils toujours aussi bas ? Tellement bas que cela fragilise notre industrie du recyclage de cette matière au point où plusieurs usines ont dû fermer récemment.

Actuellement, la valorisation énergétique de cette matière a également la cote, notamment dans des infrastructures de l’autre côté de la frontière. Il se passe le contraire de ce qui devrait logiquement se produire. Ça aurait été bien de voir des candidats aborder cette question. Ça serait très pertinent de voir notre prochain(e) ministre de l’environnement se pencher sur cette question qui est celle du développement de nos marchés pour nos matières secondaires. Ça fait près de vingt ans qu’on en parle et qu’il y a consensus là-dessus, vingt ans, malgré tout, qu’on ne fait rien non plus. Pire, on a récemment mis au rencart une politique qui avait du potentiel, la Stratégie de réduction et de gestion responsable des plastiques au Québec 2024-2029.

La question de l’environnement n’en est pas une marginale. Si on ne la traite pas avec tout le sérieux qu’elle mérite et tous les moyens nécessaires, elle va nous rattraper. Les meilleurs investissements qu’un gouvernement puisse faire, ce n’est pas en accélérant l’extraction de nos ressources ou en rétropédalant sur l’extraction des gaz de schiste au Québec, non. Il nous faut de l’innovation, sortir du carcan de la consommation telle que nous la connaissons aujourd’hui. J’aimerais bien, par exemple, voir la création d’un ministère de la Consommation durable : consommer moins, mais consommer mieux. Consommer des services, du réemploi, de la réparation. Tout ça dans un contexte de développement de l’économie sociale. Il n’est pas ici question de décroissance, au contraire. Il est plutôt question ici de développer notre potentiel humain au service d’une économie plus durable.

Pourquoi ne pas avoir d’indicateurs sur la consommation de nos ressources ? L’économie circulaire et son indice de circularité dépendent de deux variables : la réintroduction d’une matière secondaire dans un cycle de production et l’ensemble de nos ressources consommées. Si nous récupérons des matières recyclables et que nous consommons toujours plus, l’exercice est vain. En revanche, si nous récupérons ces mêmes quantités de matières recyclables et que nous consommons globalement moins de ressources, notre indice de circularité augmente. RECYC-QUÉBEC ne pourrait-elle pas introduire ces nouveaux indicateurs dans ses futurs bilans ?

C’est d’un environnement positif dont j’aurais aimé entendre parler durant cette campagne. D’un environnement qui rime avec santé, économie, éducation et société. J’ose croire – avec une certaine déception et scepticisme toutefois – que le fait d’avoir occulté ce sujet de la campagne a été basé sur des calculs d’opportunités et n’a pas été le fruit d’un désintérêt ou d’un essoufflement généralisé.

La campagne terminée, l’environnement doit reprendre sa place à l’agenda politique, je veux y croire. Aussi, je veux bien choisir la confiance, mais il ne faut pas simplement rassembler, réparer ou bâtir. Il faut oser pour vrai, il faut avancer. Et, oui, je crois que cela est toujours possible.


Éditorial paru dans l’infolettre de septembre 2026

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