Au début du mois, Statistiques Canada a dévoilé les résultats de son enquête biannuelle sur la gestion des déchets par province au Canada. J’aime toujours fouiller ce genre de données pour voir de quoi il en retourne exactement et pour mieux comprendre l’environnement dans lequel on évolue. Peut-être est-ce parce que j’ai fait ça pendant mes vacances, mais dans ces dédales de chiffres et de méthodologies, j’ai eu l’impression qu’une chatte n’y aurait pas retrouvé ses petits. Je crois même qu’elle s’y serait elle-même perdue. Et, en bout de ligne, à quoi cet exercice sert-il vraiment ?
Ne vous méprenez pas, les données dans le domaine de la gestion des déchets sont essentielles. Elles permettent d’établir des tendances, de voir des faiblesses ou encore d’établir des priorités ou des plans d’action. Encore faut-il comprendre ces données et voir de quoi il en retourne exactement.
Ce qui m’a tout d’abord fait sourciller avec le document de Statistiques Canada, est la production de déchets domestiques générés par habitant au Québec en 2024. Il est question d’une quantité produite par habitant de 353 kg par année. Or, RECYC-QUÉBEC avait déterminé cette quantité en 2023 à 213 kg par habitant. On n’est plus ici dans la marge d’erreur, on parle d’une différence de plus de 60 %. Même en triturant les chiffres contenus dans le bilan de notre société d’État, notamment en considérant les quelque 2 millions de tonnes de matières résiduelles utilisées comme recouvrement journalier, on est toujours loin d’un quelconque rapprochement.
Et c’est là que mon enquête sur l’enquête a commencé. Il faut savoir que StatsCan ratisse large pour la collecte de ses données. Non seulement contacte-t-elle les entités publiques, mais aussi les compagnies privées. Elle envoie des formulaires également aux transporteurs, aux valorisateurs, aux entreprises qui éliminent, à celles qui importent des matières à des fins de recyclage ainsi qu’à celles qui en exportent pour les mêmes motifs. Et j’en passe.
Naïvement, je me dis que, plus il y a d’entités à qui l’on demande de l’info, le plus de risque de se retrouver avec des erreurs il y a. Des dédoublements de données aussi. Même si les réponses aux questions posées sont obligatoires, quel est le degré de rigueur qui y est appliqué par les répondants ?
Quand il est question également des types de matières visées, on peut être quelque peu dubitatif. À certains, on demande les quantités de contenants à pignon (pintes de lait, cartons de jus…) collectés, de pneus, d’électroménagers ou encore de textile… On s’entend qu’au Québec, il y a plusieurs acteurs qui récupèrent plusieurs types de matières ou d’objets et qui ne le font pas nécessairement en ayant en tête l’enquête biannuelle de Statistiques Canada à laquelle ils devront éventuellement répondre.
Pour s’adapter à la réalité terrain, StatsCan offre de répondre en fonction de modes de collectes adaptés aux sondés. Ainsi ces derniers peuvent décliner leurs chiffres par tonnes métriques ou américaines, mètres ou verges cubes, chargements de camion ou encore par balles (j’imagine ici qu’il est question de ballots et non pas de balles de coton…). Aussi, convertir des volumes en tonnage implique inévitablement des erreurs, notamment par la nature même des matières que l’on veut recensée. Car chacun sait qu’une tonne de plomb est plus lourde qu’une tonne de plumes.
Quoi qu’il en soit, StatsCan accepte des réponses en poids, en volume ou en unités. C’est en relisant cette section du questionnaire que j’ai cru voir la chatte cherchant ses petits, mais je peux me tromper. Je ne sais pas dans quelle case rentre le divan laissé en bordure de rue à Trois-Rivières, qui est ramassé lors d’une collecte d’encombrants, puis envoyé dans la région de Québec pour se faire déchiqueter et servir par la suite de matériel de recouvrement dans un LET…
Et ça, c’est sans parler de résidus agricoles (laissés aux champs ?), ou papetiers et les biosolides.
Il faut savoir également que les données de 2024 ont été recueillies du 1er avril au 1er octobre de cette année-là, soit sur 6 mois. Même si l’enquête couvre la période des déménagements, elle ne couvre pas la période des fêtes, pourtant celle où l’on génère le plus de matières résiduelles.
L’enquête ne fait pas mention de l’ouragan Debby qui a sévi en août 2024 au Québec et un des impacts a été de générer plusieurs dizaines de milliers de tonnes de déchets en quelques jours seulement.
Même si les comparaisons avec les données de RECYC-QUÉBEC sont à toute fin pratique impossible à établir, il n’en demeure pas moins que Statistiques Canada fait ce genre de recensement bisannuel de la gestion des déchets au Canada depuis une trentaine d’années. À tout le moins, ces données peuvent informer d’une certaine évolution ou tendance si on les compare enquête après enquête.
Ce qui aurait été intéressant, c’est de faire ressortir pourquoi dans telle ou telle province les performances sont meilleures ou moins bonnes. Y a-t-il eu un programme mis en place qui explique ceci ou cela ? Les coûts d’élimination ou les redevances sont-ils plus élevés, etc., etc. Ce genre d’exercice ne relève pas de StatsCan, mais il serait tout de même très pertinent d’avoir une espèce d’outils permettant de comparer les performances entre les provinces.
La seule donnée qui pour moi est frappante, est que nous consommons et jetons encore beaucoup trop. À croire que la réduction du gaspillage que nous pratiquons à grande échelle n’était pas encore perçue comme une façon de pérenniser nos ressources et de renforcer notre autonomie.
Éditorial paru dans l’infolettre d’août 2026
