Selon l’Institut des professionnels du développement durable et de l’environnement (IPDDE), entre 400 000 et un million de personnes meurent chaque année suite à une mauvaise gestion de nos déchets plastiques. Et, d’après la revue scientifique médicale britannique The Lancet, l’exposition aux contaminants chimiques contenus dans le plastique coûte quelque 1 500 milliards de dollars en frais de santé à travers le monde annuellement. Et que faisons-nous collectivement pour lutter contre ce tueur silencieux ? Rien. Ah oui, pardon, nous le recyclons…
Dans un autre excellent texte, j’avais déjà mentionné que le plastique « a plusieurs qualités indéniables : il est versatile, il est léger, ne coûte pas cher à produire, il peut remplacer avantageusement de nombreux matériaux plus rares ou moins malléables et, surtout, il est durable. Le plastique a toutefois aussi les défauts de ses qualités : il est versatile, il est léger, ne coûte pas cher à produire, il peut remplacer avantageusement de nombreux matériaux plus rares ou moins malléables et, surtout, il est durable. Il a aussi et surtout le défaut (c’est un euphémisme) de porter préjudice à la vie sur terre ».
Le plastique nous tue, la menace est sérieuse. Aussi, il se retrouve partout, dans le sol, nos mers, notre air, mais aussi et surtout, à l’intérieur de nous-mêmes où ses nombreux additifs nous consument littéralement.
L’an dernier à pareille date environ, se tenait à Genève le Comité Intergouvernemental de Négociation (INC) qui a été mis en place par le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (UNEP). L’INC a été créé afin de définir un instrument juridique contraignant visant à mettre fin à la pollution plastique à l’échelle mondiale. Cette rencontre de comité en Suisse (INC-5.2), qui en était en fait à sa 6e session de travail, a failli à trouver une entente parmi les quelque 175 pays impliqués dans cette négociation.
La polarisation des parties, essentiellement entre pays producteurs de pétrole et ceux qui voulaient réduire à la source le plastique, a fait en sorte que les discussions ont abouti à un cul-de-sac, sans aucune suite de prévue. Ah, si, il y a bien eu une autre rencontre de ce comité (INC-5.3), toujours à Genève en février dernier, mais elle avait uniquement pour but de lui trouver un autre président qui avait démissionné l’automne précédent. Une autre rencontre est toutefois envisagée en mars 2027, sans plus de détails.
Je ne suis pas contre l’usage du plastique, détrompez-vous. Je m’inquiète simplement que ce matériau soit devenu essentiel dans notre vie de tous les jours, détrônant des matériaux que l’on pourrait qualifier de plus nobles, comme le bois, le métal, le papier ou encore le verre. Je m’inquiète aussi et surtout des risques à la santé humaine et à l’environnement que ce matériau et les additifs qu’il contient posent.
Si le plastique est reconnu maintenant comme pouvant porter atteinte à la vie humaine, je m’inquiète également des entreprises qui lui développent plein de nouvelles vertus à grands coups d’additifs chimiques. Je ne peux pas croire que pendant des décennies, des chimistes ou des chercheurs ont feint de ne pas voir ou savoir les conséquences de leurs découvertes sur la santé humaine et sur la biodiversité.
Ce qui m’étonne surtout, c’est de découvrir, souvent après qu’un scandale ait fait la manchette, que tel ou tel additif inconnu du grand public à ce moment-là, pouvait causer un grave préjudice à la santé humaine. Comme si tout d’un coup, certains produits en plastique nous révélaient, de façon impromptue, de nouveaux effets néfastes pour notre santé et notre environnement.
Je me suis donc appliqué à faire un petit exercice de mémoire. Quels ont été, au fil des dernières décennies, les nouveaux enjeux relatifs aux substances chimiques contenues dans le plastique ? J’ai aussi noté que ce genre de nouvelles sortent de façon assez régulière, tous les 5 ou 10 ans environ.
Tout d’abord, souvenez-vous des dioxines et des furanes créés par une mauvaise combustion de produits contenant du chlore (notamment des plastiques, dont le PVC). L’incinérateur des Carrières de Montréal a notamment été fermé en 1993 suite à la publication de ses émissions toxiques reliées à ces contaminants. Il aura fallu une consultation du BAPE pour que cette situation sorte au grand jour. Ces substances que l’on dit persistantes sont bioaccumulables dans nos graisses. Les femmes et les membres des Premières Nations y sont particulièrement vulnérables comme nous l’avons nous-mêmes déjà soulevé lors d’un colloque sur le Fleuve St-Laurent et la santé des femmes que nous avons organisé au milieu des années ’90.
Il y a aussi eu les bisphénols A, ou BPA au courant des années 2000 que l’on découvrait notamment dans les biberons pour nourrissons. Les BPA sont des perturbateurs endocriniens reconnus et qui imitent les hormones naturelles chez l’être humain. Leurs risques augmentent d’autant plus chez les enfants en bas âges. Maintenant, ces substances sont généralement interdites d’utilisation.
Les phtalates eux, contrairement aux BPA qui rendent les plastiques plus rigides, visent à rendre ces derniers plus flexibles. Ils sont utilisés par l’industrie alimentaire, notamment dans les emballages, et par l’industrie des cosmétiques. Ce sont également des perturbateurs endocriniens, qui sont liés à des troubles l’asthme, au diabète de type 2, au TDAH, à l’obésité ou encore à des cancers, particulièrement chez les femmes.
Plus récemment, ce sont les SPFA, les substances per et polyfluoroalkylées qui ont volé la vedette. Ils sont absolument partout. Ils ont cela d’intéressant qu’ils ont une durée de vie très longue. À ce point qu’on les surnomme les polluants éternels. Quand leur chaîne de molécules se brise, ils deviennent une autre sorte de SPFA, un peu à l’image d’une hydre. Bien qu’elles existent depuis 80 ans environ, ce n’est que tout récemment que ces substances ont véritablement alerté l’opinion publique. Sérieux ? Personne avant ne présumait de leurs risques à la santé humaine ? Aujourd’hui, il y a des initiatives timides pour limiter leur rejet dans les effluents, mais ce serait plutôt au niveau de leur utilisation et de leur production qu’il faudrait intervenir avec fermeté.
Que dire des autres additifs que l’on retrouve dans un nombre incalculable d’objets en plastique, tels que les retardateurs de flammes qui se retrouvent dans nos meubles, nos vêtements ou encore dans nos produits électroniques. Ces substances sont également des perturbateurs endocriniens qui se retrouvent inévitablement dans l’air que nous respirons. Ils peuvent attaquer nos fonctions hormonales, notre fertilité ou encore notre glande thyroïde. Ils sont même suspectés d’être cancérogènes ou de causer des retards dans le développement des enfants en bas âges.
Les métaux lourds, quant à eux, sont utilisés principalement comme agents colorants. Bien que davantage connus, ils n’en sont pas moins dangereux. Ils s’en prennent à notre système nerveux, certains de nos organes et augmentent nos risques de développer un cancer.
Je ne déclinerai pas davantage sur les risques engendrés par les stabilisants UV et encore les alkylphénols, dont on n’entend à peu près pas parler, mais qui sont présents dans le plastique et, par conséquent, dans notre corps.
Et c’est là le vrai problème : l’omniprésence du plastique dans notre vie de tous les jours. Regardez autour de vous et essayez de trouver un objet qui ne soit pas fait de plastique, en totalité ou en partie. Vos vêtements, vos meubles, vos tapis, vos outils, vos bibelots, votre voiture… Tous contiennent du plastique. Quand je vois du mobilier urbain fait de plastique recyclé comme des bancs de parc ou des modules de jeu, je ne peux m’empêcher de les voir comme d’autant de vecteurs de diffusion de contaminants. Il ne faut pas non plus devenir paranoïaque, mais simplement prendre conscience que cette matière est littéralement partout et qu’il serait peut-être avisé d’en réduire sa consommation et son utilisation.
Ce n’est pas un jouet de plastique qui va contribuer à précipiter le moment de notre mort – à moins que l’on s’étouffe avec – mais bien les micro et nanoparticules qui s’en libèrent avec le temps, ainsi que les additifs qu’il contient.
Et c’est bien là le plus grand danger, les micro et nanoplastiques. Ils ont la faculté de rentrer dans notre corps, dans notre sang et même dans notre cerveau en libérant leurs additifs. Bien que cela se fasse à une échelle quasi infinitésimale, c’est leur accumulation qui peut affecter notre santé, mais aussi celle de la faune et de la flore qui nous entoure et dont nous avons besoin pour vivre.
Les effets de cette crise sont d’ores et déjà présents. Et, comme pour celle des changements climatiques, la question n’est pas de se demander s’il faut agir, mais bien quand il le faut. La réponse est malheureusement dans les deux cas : hier.
En terminant, pour reprendre à mon compte une formulation de l’ancien premier ministre Mackenzie King en 1942 : Le plastique si nécessaire, mais pas nécessairement le plastique.
Éditorial paru dans l’infolettre de juillet 2026
