Les apprentis sorciers

En novembre dernier, lors des consultations sur la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Québec, ma collègue et amie Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec, a quelque peu désarçonné notre furtif ex-ministre de l’Environnement Bernard Drainville, en lui répondant que le gouvernement devait écouter la science comme première mesure à appliquer pour réduire les gaz à effet de serre. Écouter la science, faire ce que la science nous commande de faire en environnement, la plupart de nos gouvernements font malheureusement tout, sauf ça.

Le lien avec les déchets dans tout ça ? Eh bien, il existe bel et bien une science des déchets, la rudologie. Ceci n’a toutefois rien à voir avec mon propos, mais ça flatte l’ego de l’érudit de salon que je suis. Non, plus sérieusement, si on veut réduire nos gaz à effet de serre, il faut réduire notre consommation de ressources, on ne peut pas s’en dérober. Je cite souvent ce rapport, mais il nous parle et nous concerne directement, nous, nous qui vivons au Québec.

Ce document, c’est le rapport complémentaire sur l’indice de circularité de l’économie de 2024. Celui qui traite de l’état des limites planétaires appliquées au contexte québécois. Il y est notamment écrit que « la consommation de ressources est liée à bon nombre d’impacts environnementaux. On lui attribue près de 70 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale ».

Donc, voilà, nous consommons trop. Notre consommation actuelle n’est pas soutenable. La production de déchets, de même que notre production de GES ne sont que les symptômes de notre boulimie de consommation de toute sorte.

Ce rapport qui, ne l’oublions pas, a été réalisé conjointement avec un organisme gouvernemental, la Société québécoise de récupération et de recyclage (RECYC-QUÉBEC), nous dit également très clairement que :

« Nous vivons désormais au-delà d’un espace de fonctionnement durable et nous nous trouvons dans la « zone de danger » d’un changement irréversible du système naturel permettant le maintien de la vie sur Terre. »

À l’époque de cette mise en garde apocalyptique, ce rapport nous rappelait qu’en 2021 nous avions une empreinte matérielle au Québec de quelque 271 millions de tonnes. Ceci représentait une consommation de ressources d’environ 32 tonnes par habitant, ce qui était largement supérieur à la moyenne mondiale, on s’en doute.

En prenant connaissance de ce constat et de ces chiffres, n’importe qui de normalement constitué et de relativement sain d’esprit aurait eu un petit sursaut et aurait minimalement tenté d’agir afin de renverser la tendance. Un peu comme une personne à qui l’on vient d’apprendre qu’elle souffre maintenant de diabète qui déciderait de mettre moins de sucre dans son café.

Manifestement, rien n’y a fait, car un autre rapport similaire, mais plus succinct, et publié tout récemment (2025), nous apprenait que notre empreinte matérielle québécoise était maintenant passée à 391 millions de tonnes, soit presque 8 fois ce qui est acceptable d’un point de vue écoresponsable.

Non seulement on voit le mur se rapprocher, mais nous accélérons notre vitesse vers sa rencontre.

Pour preuve, le projet de loi no 5, celui visant à accélérer l’octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d’envergure nationale, pour lequel une commission parlementaire sur invitation se déroulera à Québec en février. Ce PL5 -ou Q-5 pour les intimes- est le petit frère de son pendant fédéral, la Loi C-5 dont il était notamment question dans l’éditorial du mois de septembre dernier. Tout comme son grand frère, le projet de loi no 5 veut accélérer la réalisation de grands projets en institutionnalisant des fast tracks pour les entreprises et en réduisant le nombre ou la portée des consultations publiques qui seraient normalement prévues autrement. Juste comme ça, en passant, Northvolt, ça vous rappelle quelque chose ?

Bien que ce projet de loi prévoie principalement des mesures d’allègement de nature environnementale, c’est le ministre des Finances qui en est le parrain. C’est tout dire. On passera également rapidement sur le déficit démocratique entourant les consultations de ce projet de loi où seulement un organisme environnemental a été invité à le commenter, un peu à contrecœur, certainement. C’est cette même dérive démocratique qui avait été vertement dénoncée par de nombreux organismes environnementaux le 8 décembre dernier. Ce projet de loi est pour ainsi dire, un peu notre drill, baby, drill made in Quebec.

Ce projet de loi n’est pas une réponse directe à la situation géopolitique qui prévaut depuis un an. Ce n’est pas non plus une façon de renforcer notre autonomie ou notre indépendance face à notre voisin du Sud, comme cela est souvent évoqué, non. Toutes ces affirmations ne sont que des prétextes pour nous vendre la perpétuation de notre économie basée sur l’extractivisme sous des couverts acceptables, voire nécessaires. Des motifs qui sont toutefois tous fallacieux selon moi.

En fait, à trop vouloir se différencier de notre voisin du Sud, on finit par lui ressembler un petit peu plus…

Bref, notre gouvernement va faire exactement le contraire de ce que la science lui dit de faire, et à la vitesse grand V de surcroît ! Comme si nous n’allions déjà pas assez vite comme ça vers cette « zone de danger », celle qui nous mènera à la fin du maintien de la vie sur Terre.

Et sur ce, je vous souhaite une très bonne Saint-Valentin !


Éditorial paru dans l’infolettre de janvier 2026

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