À sa naissance, l’être humain n’est pas un consommateur. Il a des besoins très de base comme se nourrir, boire, dormir et d’autres besoins naturels dont je vous épargnerai la description. Des besoins naturels, essentiels, la plupart généralement pourvus par ses parents. Et ils sont les mêmes que l’enfant naisse au Québec, au Gabon ou encore en Sibérie.

Dans nos sociétés dites « développées », nos enfants sont toutefois conditionnés rapidement à devenir des consommateurs, par des stimuli, par la publicité enregistrée par leur cerveau dès leur plus jeune âge, sous forme de ritournelles ou d’images éclatantes et attrayantes. Ce conditionnement omniprésent les isole ou les coupe de l’environnement qui pourtant qui les entoure et qui est essentiel à notre existence. Souvent, nous avons maintenant davantage peur de nous promener seuls en forêt que de marcher dans un centre-ville assourdissant encombré de voitures qui nous frôlent.

Nous ne naissons pas consommateurs, nous le devenons, et ce, sans que nous l’ayons demandé. Aussi, nous ne nous plaignons pas, la plupart d’entre nous n’ayant jamais connu autre chose. Nous ne sommes plus vraiment éduqués à devenir des citoyens, mais bien des consommateurs.

Mais pourquoi est-ce comme ça ? Peut-être simplement parce que nous devons contribuer au développement de notre richesse collective, en consommant. Une richesse qui est basée sur l’extraction et la transformation de ressources naturelles, sur la consommation de produits de moins en moins durables et sur leur disposition. Une richesse également – et il ne faut pas se le cacher – qui repose également très largement encore sur l’exploitation des ressources humaines. Exploiter, consommer, jeter.

En fait, nous ne réalisons peut-être pas assez qu’en creusant pour du minerai, qu’en rasant des forêts ou qu’en produisant à outrance des biens dont nous n’avons pas fondamentalement besoin, nous ne nous enrichissons pas. Au contraire, nous nous appauvrissons, au mieux, nous remettons les conséquences de nos actes à plus tard, un peu comme lorsque nous achetons à crédit.

Le développement comme nous le connaissons est en fait une dangereuse chimère, une utopie. Nous ne créons pas de vraie richesse en surexploitant nos sous-sols et en détruisant nos sols et notre atmosphère, mais c’est ce qu’on veut nous faire croire. Pour partager la richesse, il faut d’abord la créer… Ouais, ouais, je crois que nous l’avons trop entendue, celle-là.

Il faudrait peut-être revoir les indicateurs qui permettent de dire que nous sommes une société riche ? Peut-être que les valeurs ne sont pas toutes cotées en bourse ? Certains pays ont des ministères du bonheur. Le Programme des Nations-Unies pour le Développement développe justement un indice du développement humain (IDH) qui, sans trop de surprises, nous montre que la majorité des pays développés (riches) ont un IDH élevé…

La valeur d’un arbre ne peut pas seulement être calculée en fonction du nombre de 2 X 4 qu’il nous fournit. Un arbre est également un excellent puits de carbone, il produit de l’oxygène, protège nos sols de l’érosion, agit comme un filtre. Reproduire en laboratoire un objet qui aurait les mêmes propriétés coûterait certainement une fortune…

Revoir notre rapport à la consommation ne veut pas nécessairement dire de moins consommer, mais plutôt de consommer différemment, d’une manière plus responsable et plus durable. On peut également consommer un service plutôt qu’un bien; faire réparer une télé plutôt que d’en acheter une, ce qu’on nous pousse à faire aujourd’hui.

Il faudrait sérieusement remettre en question la façon dont nous produisons notre richesse et les raisons qui nous poussent à autant consommer si nous ne voulons pas que notre date de péremption se rapproche un peu trop.