Pour une planification provinciale de l’élimination

Audiences publiques pour le méga lieu d’enfouissement technique (LET) de Sainte-Sophie, décret pour le méga LET de Saint-Nicéphore, audiences publiques pour le méga LET de Lachenaie. Les LET majeurs de la province arrivent, au même moment ou presque, à pleine capacité. Dans l’urgence de trouver de l’espace d’enfouissement et l’en absence de planification provinciale, les gouvernements successifs ont souvent adopté des décrets d’agrandissement à la pièce, ne faisant que repousser le problème. Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) Benoit Charette aurait-il trouvé une solution grâce à des audiences génériques?

Initialement, cet article était destiné à faire ressortir la nécessité d’engager le Québec dans un nouveau processus de consultations génériques sur les matières résiduelles tenues sous l’égide du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). L’idée circulait depuis des mois au sein des membres du Front commun. Elle a même été formalisée dans son plan d’action 2020-21 adopté récemment en assemblée générale.

Plus de 20 ans après la publication du rapport de la Commission du BAPE sur la gestion des matières résiduelles au Québec « Déchets d’hier, ressources de demain », des avancées majeures ont été accomplies dans le domaine. Plusieurs de ces dernières ont été rendues possibles grâce à l’apport de groupes environnementaux qui ont souvent – et longtemps – dû œuvrer seuls et à contre-courant pour convaincre les gouvernements et les différents intervenants du bien-fondé et de la nécessité de certaines mesures. Mentionnons seulement ici certaines d’entre elles tels la planification régionale, la responsabilité élargie des producteurs, le détournement des matières organiques de l’enfouissement ou encore l’élargissement de la consigne.

Si, en amont, de réels progrès ont été faits, il n’en demeure pas moins que les mesures entourant la gestion des matières résiduelles à la fin de leur vie utile n’ont pas vraiment suivi. Il est vrai que l’adoption du REIMR aux tournants des années 2000 a permis au Québec de mieux encadrer les opérations d’élimination des matières résiduelles, toutefois, rien n’a été tenté pour réellement décourager le recours à cette pratique. L’imposition de redevances à l’élimination a certes eu son impact, mais limité somme toute.

Une vision d’ensemble de la planification de l’élimination et des modes de traitement des résidus ultimes doit effectivement prévaloir sur la gestion à la pièce que nous connaissons actuellement. Nos efforts collectifs afin de réduire notre génération de déchets ne doivent pas non plus être compromis par une trop grande et trop facile accessibilité à l’élimination.

La question de la valorisation (incluant celle énergétique) doit également faire partie du débat, tout comme le recours intensif aux matériaux de recouvrement. Il faut cesser également d’avoir constamment l’impression d’être acculés au pied du mur lorsqu’il est question de l’agrandissement d’un lieu d’enfouissement technique, comme cela vient de se passer dans le dossier de Saint-Nicéphore.

Une meilleure planification provinciale de l’élimination nous éviterait des situations de crise prévisibles.

Bravo donc au ministre Charette de mandater le BAPE pour que se déroulent des audiences génériques sur l’élimination du déchet ultime au Québec. Un dernier point toutefois, il serait plus que pertinent que les décisions qui seront prises bientôt dans les dossiers d’agrandissements de LET, tiennent compte de la tenue ces prochaines audiences génériques sur le sujet, sinon, nous risquons de passer un peu à côté des enjeux d’une consultation nécessaire et souhaitée.

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