Osons être responsables

Si j’étais le patron d’une entreprise qui contribue financièrement à Éco Entreprise Québec pour la récupération et la valorisation des emballages que je mets en marché, j’aurais toutes les raisons d’être en colère.

Apprendre par les médias que les dizaines de milliers de dollars que je verse ont contribué à polluer des pays à l’autre bout de la planète et à affecter la santé des gens, j’avoue que j’aimerais bien qu’on me rende des comptes. Moi qui croyais qu’on créait des emplois ici avec la récupération et qu’on préservait des ressources, je m’aperçois plutôt qu’une grande partie de ce système opère sous une chape de plomb enduite de téflon.

Les gestionnaires visés nous disent que la qualité de ces ballots est acceptable pour leurs clients qui les achètent ou qui se font parfois payer pour les prendre, même s’ils renfermaient jusqu’à 25 % de contamination. Notre société d’État, RECYC-QUÉBEC, a aussi voulu rétablir certains faits et nous rassurer en précisant que des caractérisations faites entre 2018 et 2020 avaient plutôt révélé que les ballots de papier mixte étaient composés en moyenne de 75 % de fibres généralement acceptées (RECYC-QUÉBEC, 2022). D’accord, mais dans ce cas, ça ne revient pas à dire qu’il y avait aussi en moyenne 25 % de matières qui n’étaient pas des fibres généralement acceptées, donc, de la contamination ?

Pourtant, depuis des mois, on « apprend » que les centres de tri de Montréal envoient, plus souvent qu’à leur tour, des matières recyclables à l’enfouissement. Mais, ce n’est pas de leur faute selon le gestionnaire de ces centres de tri, mais notamment celle de son équipementier, Machinex, qui leur a fourni de la machinerie dysfonctionnelle.

La Ville de Montréal, quant à elle, est liée par contrat et refuse de prendre possession de son nouveau centre de tri de recyclage de Lachine, presque trois ans après son inauguration, car les opérations qui y sont faites par la compagnie Ricova ne sont pas assez performantes.

Bref, ce n’est la faute de personne. Depuis des années, ce n’est la faute de personne.

En fait oui, on pointe souvent du doigt le citoyen, car il met un peu trop n’importe quoi dans son bac. C’est facile de s’en prendre à lui, c’est à la fois moi, vous, lui et personne en même temps. On ne remet cependant jamais en question le sous-financement des mesures d’information, de sensibilisation ou d’éducation qui s’adressent à lui ni la multitude de nouveaux produits ou emballages à usage unique pour lesquels on ne s’est pas souciés de leur recyclabilité. Nous n’avons jamais non plus attaqué de front la manière dont on récupère nos matières recyclables, la collecte sélective. La collecte sélective qui n’a de sélective que le nom, et qui se révèle dans les faits être une collecte pêle-mêle que nos centres de tri doivent démêler… Avec des résultats qui nous sont montrés au grand jour parfois.

Il ne faut toutefois pas croire que tout est négatif. Des fois, ça prend des électrochocs pour nous faire réaliser que la situation est critique. Je crois fermement que les transformations envisagées avec la modernisation de la collecte sélective ont le potentiel de mettre derrière nous ces trop nombreuses histoires d’horreur qui nous sont révélées trop souvent. Le succès de cette entreprise va résider en grande partie dans l’application que l’on va en faire et dans la réelle volonté de procéder à des changements dans ce système qui a atteint les limites de son efficacité.

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