Les plaques tectoniques

On dit souvent que les décisions qui ont le plus d’impacts en gestion des matières résiduelles se prennent au niveau local. Je crois que c’est effectivement le cas. Non pas par les résultats immédiats qu’elles engendrent, mais bien par leur audace et leur effet multiplicateur.

Pour être durables, les changements doivent émaner de la base. C’est un peu ce à quoi nous assistons depuis un certain temps dans le domaine de la gestion des déchets, particulièrement avec les règlements visant la réduction à la source. Il y a vingt ans, nous n’aurions pas imaginé de telles actions; nous en étions encore à nous poser des questions sur la grosseur des bacs de récupération.

C’est normal, la gestion des déchets évolue et parfois même dans le bon sens… C’est le cas notamment avec le Plan métropolitain de gestion des matières résiduelles qui vient d’être adopté ce mois-ci par la Communauté métropolitaine de Montréal. Il y a selon moi dans ce document une réelle volonté d’agir concrètement vers une gestion des matières résiduelles plus saine et plus équitable.

La vision de la CMM, en est une maintenant axée vers le « zéro élimination » plutôt que sur le « zéro enfouissement ». Pour certains, il s’agit peut-être là d’un détail, mais, dans les faits, ça fait toute une différence. Le zéro enfouissement ne permettait théoriquement que de développer des infrastructures d’incinération sur le territoire de la CMM afin d’éliminer les résidus ultimes. Il ne faut pas se leurrer, le zéro déchet absolu n’est pas pour demain. Certes, il faut tout faire pour tendre vers cet objectif, mais on aura toujours besoin d’en éliminer, et de lieux pour les accueillir.

Aussi, l’incinération est un mode de traitement des déchets à proscrire : il est cher, très polluant, en opposition avec des mesures visant la réduction des déchets et leur recyclage et surtout, l’incinération nécessite des lieux d’enfouissement pour y entreposer les cendres et mâchefers qu’elle génère. Pour ceux et celles qui estiment qu’elle peut être avantageuse lorsqu’elle est génératrice d’énergie, je vous invite à lire l’étude sur la valorisation énergétique que nous avons publiée il y a quelques semaines.

En optant pour une vision de zéro enfouissement, la CMM se privait d’opportunités visant la recherche ou le développement d’infrastructures d’élimination sur son territoire. Viser maintenant le zéro élimination est un changement de cap majeur, et dans la bonne direction. Il s’agit peut-être même là d’un des éléments majeurs de ce PMGMR.

L’autre aspect de ce plan qui est également une petite révolution en soi et qui est intimement lié au point précédent est la mise sur pied d’un bureau de projets qui aura notamment pour tâche de « coordonner la gestion du traitement des résidus ultimes (…) au bénéfice de tous les secteurs (…) ». Ultimement, cette instance aura pour but d’« accompagner et favoriser le déploiement d’une ou des installations de traitement des résidus ultimes sur le territoire métropolitain ». La CMM parle également d’équité et de représentativité entre ses secteurs.

La CMM est ici en train de paver la voie pour une régionalisation de l’élimination des déchets au Québec, ce que le gouvernement provincial n’a pas osé faire et, qui plus est, constitue une des recommandations historiques de notre organisme.

La CMM elle, a, semble-t-il, la volonté de faire bouger des plaques tectoniques et il faut l’encourager à poursuivre ce processus évolutif, nous en sortirons tous gagnants.

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