Stratégies de bannissement de produits de plastique à usage unique : quand la paille nous cache la forêt

Après l’encadrement des sacs de plastique à usage unique, des gouvernements et des municipalités s’intéressent maintenant à d’autres produits de plastique à usage unique. Au début du mois d’octobre, le gouvernement fédéral annonçait son intention de bannir certains de ces produits. Le FCQGED appuie ces initiatives, mais il est impératif de faire attention aux pièges que présente ce type de stratégie et, surtout, de réfléchir tout de suite à contrer les idées que pourraient avoir les entreprises pour remplacer ces produits.

Depuis maintenant près de deux ans, de nombreux gouvernements locaux, nationaux et même l’Union européenne ont mis de l’avant — ou sont en train de le faire — des politiques visant le bannissement de certains produits à usage unique en plastique.

Après avoir vu les images des continents de plastiques, le contenu des estomacs de certains animaux ou encore cette fameuse vidéo de la tortue qui se fait extirper une paille d’une de ses narines, personne de normalement constitué ne s’opposerait à des mesures voulant interdire la distribution de certains produits pointés du doigt.

Et c’est peut-être là où la nécessité de réduire notre trop grande dépendance à la consommation de tels produits s’est mise en porte à faux avec la surmédiatisation d’images-chocs. Il faut maintenant avoir dans notre mire des produits spécifiques dont l’éventuel bannissement animera certes la ferveur populaire, mais au détriment d’une certaine rationalité.

Faire des listes de produits à bannir comporte des pièges. Premièrement, sur quelles bases les établit-on? Leurs impacts visuels dans notre environnement? Leurs impacts sur la faune? Sur le fait qu’ils ne sont pas réellement recyclables? Leur usage non essentiel ou encore sur un consensus généralisé qu’ils doivent être bannis?

La question n’est pas souvent posée et elle n’est pas si simple à répondre. Pourquoi bannir un coton-tige en plastique, ou une paille, mais pas les bâtons de porte-soie dentaire individuels jetables? Où commence la liste, où la finit-on? Serions-nous plus avancés si les quelque 57 millions de pailles en plastique jetables consommées quotidiennement au pays étaient dorénavant faites de biopolymères? Nous ne ferions que déplacer le problème.

Peut-être faudrait-il aborder la question du plastique à usage unique sur, justement, le fait qu’un produit puisse être à usage unique ou de courte durée de vie. Souvent ces produits sont effectivement faits de plastique, car cette matière est très peu dispendieuse, très versatile et paradoxalement, durable, surtout dans l’environnement.

Sans cibler un produit en particulier, peut-être serait-il opportun de cibler des catégories, des usages ou encore des secteurs d’activités. L’idée étant d’en échapper le moins possible ou d’éviter la production de produits similaires faits à partir d’une autre matière.

La question du bannissement devrait également être abordée par le biais de la responsabilité élargie des producteurs ou celui de l’écofiscalité. Pourquoi ne pas instaurer une REP pour les produits à usage unique non essentiels ou pour lesquels il existe des alternatives durables? L’obligation d’incorporer un minimum de contenu recyclé dans un produit à usage unique devrait également être envisagée.

Nous pensons que nous devons tendre vers le bannissement des produits à usage unique non essentiels en plastique, mais également en d’autres types de matériaux. Il faut vraiment agir pour nous sortir de cette société du jetable qui, par définition, n’a rien de durable.

Il nous faut aussi et surtout des politiques et des mesures cohérentes entre les divers paliers de gouvernement. Il faut tendre vers une certaine uniformisation des mesures mises de l’avant afin de faciliter leur application et leur appropriation par la population.

Il faut surtout bien faire les choses afin que les mesures mises en place traversent l’épreuve du temps et les inévitables contestations des lobbys. Nous n’en sommes plus à vouloir sauver la planète (qui nous survivra de toute façon), mais bien à préserver nos écosystèmes et nos ressources afin que nous, nous puissions nous développer en harmonie avec notre environnement dont nous dépendons tous pour vivre.

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