Éditorial 100% recyclable

C’est garanti ! Cet éditorial est 100 % recyclable et protégera l’environnement. Vous avez des doutes ? Eh bien, je l’espère sincèrement. On vit à une époque où la moindre apparence d’une quelconque forme d’appropriation est dénoncée avec vigueur, pour ne pas dire avec fureur. Curieusement, ce n’est pas le cas avec ce qui concerne l’environnement. Nous pouvons tout et rien dire en même temps avec des clichés environnementaux pour vendre un produit, une ville, une technologie…

Produit 100 % recyclable; ma ville, verte de nature; complexe environnemental de valorisation des déchets et j’en passe…

Le suremballage devient écologique, on nous vend du gaz issu de fracturation hydraulique en nous laissant croire qu’il provient des matières de nos bacs bruns. Même les plateformes pétrolières deviennent carboneutres et des autoroutes vertes !

Ça peut faire sourire, mais dans le fonds, ça m’inquiète. L’environnement et sa protection sont de plus en plus des outils de marchandisation ou de développement sans que cela semble nous déranger outre mesure. Il semble qu’on se pose de moins en moins de questions sur la véracité ou le bien-fondé d’une affirmation au contenu environnemental. Tout le monde peut dire n’importe quoi ou presque. Et, à force de se faire submerger d’affirmations de toute sorte, on finit par ne plus prendre le temps de s’informer correctement. La validation fait place à l’indifférence.

Dans de nombreux autres domaines tels l’alimentation, la santé, le vêtement, les transports, les jouets, la culture et bien d’autres, il existe des mécanismes, des lois ou des organismes jouant un rôle de garde-fou pour justement éviter les dérives et induire la population en erreur. Mais en environnement, il n’y a rien ou presque. À part le BNQ, le SIMDUT ou d’autres organismes de normalisation, il n’y a pas grand-chose qui nous offre une garantie sur ce qui nous est présenté. Ni le ruban de Moebius pour nous indiquer en quel plastique est fabriqué tel contenant, ni la mention « 100 % recyclé ». Je me souviens même qu’à une époque, on nous présentait la valeur environnementale d’un certain produit du fait qu’il était valorisé lorsqu’il était enfoui.

Ce serait peut-être bien que nous commencions à être plus rigoureux avec les affirmations à saveur environnementale qui nous sont servies à toutes les sauces. Pas nécessairement créer une police de l’environnement, mais peut-être commencer par remettre en question certaines affirmations qui nous sont présentées.

Il faut peut-être se rappeler que notre santé physique et notre développement en tant qu’être humain dépendent de la qualité de l’environnement dans lequel nous évoluons, de sa protection et de sa diversité. L’environnement ne doit pas être un simple outil de marketing.