LES LEÇONS À TIRER POUR UNE MEILLEUR GESTION
DES MATIÈRES RÉSIDUELLES EN TEMPS DE CRISE

À quoi devons-nous nous attendre dans la gestion des matières résiduelles après la crise sanitaire que nous subissons actuellement? En fait, c’est impossible à dire à ce stade-ci, car nous y sommes toujours collectivement plongés. Et personne ne peut dire quand nous en sortirons, ni quels impacts elle aura réellement eus sur nous. Et, il ne faut pas s’y méprendre, ils seront majeurs.

Les impacts seront principalement sociaux, économiques, mais aussi environnementaux. Environnementaux, surtout parce que notre société de surconsommation et de gaspillage est sur pause. Aussi, parce que les gens sont confinés chez eux, ils ne se déplacent plus par la force des choses. Il n’y a toutefois rien de volontaire dans tout ça.

Si notre environnement semble momentanément respirer un peu mieux, il en va tout autrement pour notre société et notre économie qui resteront profondément marquées par la crise. Si terrible soit-elle, nous sortirons de cette épreuve, notamment par notre solidarité et par la reconnaissance de l’importance du travail de dizaines de milliers de personnes qui a trop longtemps été négligée, voire ignorée. La crise de la COVID-19 nous a démontré la nécessité de développer et de maintenir un tissu social fort, c’est peut-être là la première leçon qu’il faut en retenir.

Il serait également tentant d’élaborer des scénarios mettant de l’avant la réduction à la source, la consommation locale ou encore l’économie circulaire. La crise nous a démontré que la diffusion de (la bonne) information était une condition essentielle afin de s’assurer d’une bonne collaboration de la population. Dès le début de la crise, toutefois, plusieurs intervenants ont émis des messages contradictoires en ce qui concerne la récupération des matières recyclables. Il n’était pas question ici de mauvaise foi, mais une certaine confusion a été entretenue chez le citoyen. Une communication claire, simple et répétée s’avérerait un moyen efficace afin de faire en sorte que les citoyens conservent ou améliorent leurs habitudes de récupération pendant et après la crise, notamment une diffusion adéquate de l’information. Majoritairement confinés à domicile, nous avons mis davantage de matières (recyclables ou pas) dans nos bacs. Plusieurs centres de tri ont même fait état de masques ou de gants retrouvés sur leurs convoyeurs. Encore là, une attention particulière aurait pu être donnée pour s’assurer que nos nouvelles habitudes de vie n’altèrent pas la qualité des matières mises dans le bac de récupération. comme autant de solutions pour relancer la société post-COVID-19. Cependant, il serait peut-être pertinent à ce moment-ci de se garder une petite réserve, les nécessités immédiates seront ailleurs.

Toutefois, ne pas prendre en considération les leçons imposées par cette crise sur la gestion des matières résiduelles serait une erreur.

Il y aura bien sûr toutes ces nouvelles règles de distanciation sociale – ou sanitaire – qu’il va falloir développer et respecter, mais il y a également d’autres aspects qui mériteraient de s’y attarder :

La diffusion de l’information :

La crise nous a démontré que la diffusion de (la bonne) information était une condition essentielle afin de s’assurer d’une bonne collaboration de la population. Dès le début de la crise, toutefois, plusieurs intervenants ont émis des messages contradictoires en ce qui concerne la récupération des matières recyclables. Il n’était pas question ici de mauvaise foi, mais une certaine confusion a été entretenue chez le citoyen. Une communication claire, simple et répétée s’avérerait un moyen efficace afin de faire en sorte que les citoyens conservent ou améliorent leurs habitudes de récupération pendant et après la crise, notamment une diffusion adéquate de l’information.

L’aspect humain des opérations de tri :

Ce point est intimement lié au précédent. Le rôle essentiel des trieurs dans les centres de tri doit être davantage connu et reconnu. Déposer des matières dangereuses ou des objets potentiellement contaminés dans nos bacs de récupération peut avoir un impact direct sur leur santé physique. Il ne faut pas oublier non plus que, sans le travail de ces trieurs, la récupération ne serait pas viable au Québec.

Maintenir l’intégrité de la chaîne du recyclage :

Si la récupération des matières recyclables est considérée comme étant un service essentiel, encore faut-il que l’on fasse quelque chose d’utile avec ces matières. Dans la mesure du possible, il faut considérer l’ensemble des intervenants de la chaîne du recyclage comme étant essentiels eux aussi afin que la chaîne ne soit pas brisée. Si on maintient la récupération des matières recyclables, il faut s’assurer que les entreprises qui recyclent ces matières demeurent en activité. Dans le cas contraire, des matières recyclables récupérées finiront dans les lieux d’élimination, comme cela s’est produit.

Il faut également éviter que cette « tolérance » à l’élimination des matières recyclables récupérées ne serve de porte de sortie pour certains centres de tri qui subissent encore les contrecoups de la crise du recyclage.

Dans la même veine, on ne peut prétendre que la récupération des matières recyclables est un service essentiel si l’on ne s’assure pas que la récupération des contenants consignés soit effectivement effectuée. Il ne faudrait pas que la crise actuelle soit utilisée par certains lobbies pour remettre en question l’un de nos systèmes de récupération.

La pertinence d’avoir des circuits courts (ou directs) :

L’idée étant ici de limiter le nombre d’intervenants entre le générateur de matières recyclables (le citoyen) et le recycleur. Plus le nombre d’intervenants est grand, plus on augmente les risques de briser la chaîne de mise en valeur des matières. Il est question ici d’opérations tels le transport, l’entreposage, l’exportation, le conditionnement.

Répondre prioritairement à des besoins locaux :

Dans la même logique que pour celle de la consommation des biens produits localement, il serait pertinent de favoriser le développement d’industries du recyclage au Québec. Cela était vrai dans le cadre de la crise du recyclage et l’est d’autant plus dans le cadre d’une éventuelle nouvelle pandémie ou crise mondiale.

Nous nous devons d’être davantage autosuffisants en ce qui a trait à la transformation des matières recyclables. Et ce, afin de réduire notre dépendance dans ce domaine et de garantir la pérennité des emplois locaux.

Il est à noter que les propositions présentées n’enlèvent en rien la pertinence d’implanter d’autres mesures déjà annoncées ou proposées, au contraire. Elles ne font que les compléter ou les bonifier, le cas échéant.