Un BAPE, oui, mais après ?

Un mandat donné au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) afin qu’il tienne une enquête et une audience publique sur un sujet donné, n’est pas une fin en soi. On pourrait même dire que c’est un début de quelque chose, surtout si la commande vient directement du ministre de l’Environnement et qu’elle est qualifiée de « générique ».

Hormis celle à laquelle nous venons de participer, il y a eu quatre audiences génériques depuis la création de cette institution en 1978. Nous nous souvenons de la première générique sur les déchets dangereux de 1990, celle sur la gestion des matières résiduelles de 1996-97 qui a véritablement servi à façonner ce secteur qui nous touche tous et toutes à la fin des années ’90, ou encore celle sur la gestion de l’eau de 1999. Il y a aussi eu celle sur les résidus miniers amiantés de 2019 que l’on a tendance à oublier…

Des fois, je me demande si le rapport de consultation sur l’état des lieux et la gestion des résidus ultimes ne subira pas le même destin lénifiant vers lequel semble se diriger celui sur l’amiante.

Un rapport issu d’un tel exercice de consultation publique, étalé sur des mois, avec des dizaines de milliers de pages analysées, des tonnes d’information recueillies, est pourtant une vraie mine d’or pour quiconque veut agir afin de s’attaquer réellement à notre surproduction de déchets.

Or, je n’ai encore rien lu ou entendu concernant les suites concrètes qu’on entendait donner aux multiples avis contenus dans ce 364e rapport du BAPE. On nous a dit qu’on avait déjà mis de l’avant des mesures novatrices, qui allaient aller dans le sens du rapport du BAPE, l’élargissement de la consigne et la modernisation de la collecte sélective, notamment.

C’est vrai, ce sont des mesures importantes que nous soutenons et que nous souhaitons voir se réaliser. Mais ce n’est pas exclusivement ce genre de mesures que le rapport du BAPE préconisait pour réduire nos déchets. Surtout, elles avaient été annoncées avant et ne sont pas une réponse à ce dernier. Je retiens globalement de ce rapport du BAPE que nous n’en sommes plus à sensibiliser le citoyen sur les bons gestes à poser pour le recyclage de ses matières résiduelles, mais bien sur les bons gestes qu’il doit poser lors de ses achats, dans ses habitudes de consommation afin d’éviter d’en produire. Développer et faire la promotion d’une approche préventive plutôt qu’une approche curative.

Et pour ça, il faut accompagner le citoyen, lui donner de réels choix de consommation qui soient durables, donc interpeller les producteurs, réfléchir sur une écofiscalité efficace et pas trop contraignante, développer une économie davantage basée sur des services, entre autres. Bref, si on veut véritablement parvenir à notre objectif d’éliminer « seulement » 525 kg par personne, ça prend de nouvelles mesures, de nouvelles approches surtout.

Et pour ça, il faut en parler. Nous avons déjà une bonne base pour entamer des discussions, échanger des idées et établir des plans. Il y a une volonté certaine des différents intervenants du milieu pour agir concrètement. Et il faut agir rapidement.

Car, en environnement, particulièrement dans le domaine de la gestion des matières résiduelles, stagner équivaut trop souvent à reculer.