Réduire, oui, mais réduire quoi ?

Jamais n’a-t-on autant parlé de réduction dans le domaine de la gestion des déchets au Québec. Mode éphémère, peut-être, mais qui commence de plus en plus à s’ancrer dans nos façons de faire par le biais de stratégies, rapports, plans de gestion, réglementations et autres. Le phénomène n’est peut-être pas si éphémère que ça finalement. Et c’est tant mieux.

Oui, c’est bien, mais de quoi parle-t-on au juste quand on parle de réduction ? Car, comme dans toute mouvance environnementale grandissante, les définitions ou les concepts ne sont toujours pas bien campés.

Tout le monde est en faveur de la réduction, sans arrière-pensées, c’est tout à fait louable. Mais qu’est-ce qu’on veut réduire au fait ?

Si on veut réduire notre empreinte écologique globale de notre mode de vie, on doit parler de réduction à la source, des abus de notre société de (sur)consommation. Et, attention, réduction à la source ne veut pas nécessairement dire de ne plus consommer ou de favoriser la décroissance, non, la réduction à la source fait la promotion d’une autre consommation, plus durable, nécessaire, mais aussi favorisant une économie de services, comme la réparation ou la mutualisation des biens.

Par ailleurs, si, comme le gouvernement, on a des objectifs de réduction à l’élimination, là, c’est carrément autre chose. On vise la diversion des matières résiduelles, leur détournement des infrastructures d’élimination, par leur génération. Réduction à l’élimination ne veut pas dire produire moins de matières résiduelles, ça peut tout simplement dire qu’on ne les envoie plus au même endroit.

Dans le premier cas, on pourrait parler d’une approche de prévention, dans le second, d’une approche curative. Une approche qui vise à éviter un problème versus une approche qui vise, non pas à l’éviter, mais bien à le résoudre. Et la gestion de nos matières résiduelles n’est pas sans impacts non plus sur notre environnement, surtout si elle n’aborde pas tous les impacts en amont d’un produit avant la fin de sa vie utile.

Mais redescendons un peu sur Terre et tentons de cerner les types de réduction qui nous sont proposés.

Mis à part la réduction à l’élimination et la réduction à la source, on peut parler d’autres types de réduction qui nous sont présentés sous une forme ou sous une autre. Nous les avons regroupés sous trois catégories : la réduction à l’enfouissement, la réduction par substitution et le blanchiment de déchets.

La réduction à l’enfouissement n’est pas de la réduction à l’élimination, car elle laisse la porte ouverte à l’incinération qui est aussi une façon d’éliminer les déchets selon la loi. Par exemple, ce n’est pas par inadvertance que la Communauté métropolitaine de Montréal parle uniquement de réduction à l’enfouissement ou de « zéro enfouissement » dans son PMGMR. Elle laisse la porte ouverte à l’incinération ou encore à la valorisation énergétique pour les matières résiduelles générées sur son territoire. La Ville de Montréal, quant à elle, parle plutôt de réduction à la source dans son PDGMR, ce qui est différent.

On parle également de réduction à l’enfouissement comme une façon de prolonger la durée de vie des sites. Si on parle de la poignée de mégasites de la province qui traitent cependant environ 80 % des matières résiduelles de la province destinées à l’enfouissement, une initiative municipale visant la réduction à l’enfouissement va simplement faire en sorte que l’exploitant élargira son territoire de desserte afin de maximiser ses capacités annuelles autorisées dans son décret. D’où l’importance encore d’instaurer une régionalisation de l’élimination des déchets au Québec. Mais ça, c’est une autre histoire…

Une autre forme de réduction qui nous est présentée est la réduction qualifiée de « substitution ». Elle concerne presque uniquement les emballages et consiste à réduire le poids de ceux-ci. Pensons notamment aux pots de condiments de verre qui nous sont presque tous offerts en plastique aujourd’hui. On ne réduit pas nécessairement le poids du produit, mais bien celui de son emballage. Cette façon de faire ne prend pas toujours en compte non plus l’impact environnemental de ces nouveaux emballages. Un pot en plastique no 6 est-il mieux sur le plan environnemental qu’un contenant de verre pour le même produit, par exemple ?

Un peu dans la même veine, notre Société des alcools du Québec qui préconise de la part de ses fournisseurs, l’utilisation de contenants « allégés » pour ses vins courants. La SAQ parle de réduction à la source, alors qu’il ne s’en agit pas vraiment. Elle ne met pas moins de produits sur ses tablettes, elle en a simplement réduit le poids de leur emballage. Aussi, cette façon de faire ne permet pas le réemploi des bouteilles de vins importés en vrac et qui sont pourtant embouteillés au Québec.

La dernière forme de « réduction » répertoriée en est une qui découle de la réduction à l’élimination. Il s’agit en fait d’envoyer une matière résiduelle dans un lieu d’enfouissement technique, mais sans qu’elle soit éliminée au sens de la loi. Ces déchets servent soit au recouvrement des cellules d’enfouissement, soit à l’aménagement des sites, notamment par la fondation de voies d’accès dans les LET. On s’entend aussi que ces matières sont à leur tour ensevelies de déchets « frais » et terminent leur vie dans le dépotoir. Quoi qu’il en soit, elles ne rentrent pas dans les bilans comptabilisant les matières résiduelles éliminées. En moyenne au Québec, pour chaque tonne de déchets éliminée dans un LET il y a ½ tonne de matières résiduelles qui est utilisée à des fins de recouvrement ou d’aménagement. Donc, quand on constate une diminution des déchets à l’élimination, il est pertinent de vérifier la fluctuation des matières résiduelles utilisées comme recouvrement. Il s’agit en fait de vases communiquant. C’est pour ça que nous appelons ça du blanchiment de déchets, ce n’est pas trop gentil, mais c’est pour que cesse les abus de cette pratique qui trop souvent sert à dissimuler de l’enfouissement sous le couvert de « valorisation matière ».

Réduire veut donc dire en avoir moins à gérer, que ce soit à l’enfouissement ou par des pratiques de valorisation. La vraie réduction est, pour moi, la réduction à la source. Non pas que le recyclage ou le réemploi ne soient pas bons, ils ne sont pas suffisants en soi.

On devrait donc comptabiliser tout ce qui est éliminé et valorisé et se fixer des objectifs combinés de réduction en faisant attention de ne pas tomber dans les petits pièges sommairement présentés plus haut.

Recycler, c’est bien ; réduire, c’est mieux.